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octobre 2018 - Revue de presse

Jura : une charpente, des maisons et des meubles en bois local

Le Bois International - samedi 7 juillet 2018

Gros plan
Depuis 2009, Fibois Bourgogne-Franche-Comté agit pour l’utilisation du sapin du Jura dans la construction. Plus généralement, le bois local devient peu à peu un argument
de poids dans l’attribution de marchés publics, mais aussi auprès des particuliers qui font construire leur maison. Le circuit court a la cote sans être hors  de prix. Exemples lors
d’une récente tournée de chantiers et de professionnels à Lons-le-Saunier.

De  plus  en  plus  de  Français  privilégient les circuits courts pour remplirleur frigo. Pourquoi ne pourrait-il en être  de  même  avec  le  matériau  bois  ? 

En France, construire avec du bois de pays est loin  d’être  la  règle  mais  ce  n’est  pas  non plus  une  utopie.  La  Bourgogne-Franche-Comté,  qui  détient  une  ressource  riche  et diversifiée,  montre  la  marche  à  suivre. Dans  le  périmètre  de  Lons-le-Saunier,  à quelques encablures du Haut-Jura et de ses forêts de sapin-épicéa, l’interprofession Fibois  a  déniché  plusieurs  exemples  de chantiers  et  de  professionnels  qui  ont  fait le choix du circuit court.

Dans  la  proche  banlieue  de  la  cité  jurasienne,  Thierry  Dubrulle  est  le  PDG  de Roch  constructeur  bois,  une  entreprise  de taille  moyenne  qui  fabrique  une  maison
bois  par  mois.  Quand  il  l’a  rachetée  à  son fondateur  en  2007,  Thierry  Dubrulle  s’est tout  de  suite  posé  la  bonne  question  : “Pourquoi  acheter  du  bois  du  Nord  alors
qu’il  y  a  des  forêts  autour  de  nous  ? ”  Il  a entendu les arguments de la profession : le bois importé est moins cher, facile à commander, il est sec, raboté, donc plus facile à  mettre  en  œuvre.  Et  pourtant,  pour  ses approvisionnements,  le  constructeur  s’est tourné  vers  un  scieur  local,  la  scierie Grandpierre,  en  lui  expliquant  que  des marchés étaient à prendre, simplement en séchant  le  bois.  Et  quelques  120  maisons plus  tard,  Roch  continue  de  se  fournir  en bois local. La liste de ses fournisseurs s’est élargie  aux  fabricants  locaux  de  produits techniques,  comme  Pro  Lignum  (25)  ou Bois évolution (39) qui collent et aboutent le sapin et l’épicéa du Jura. Le constructeur trouve dans son environnement proche les poteaux,  poutres  et  bois  d’ossature  qui composent  la  majorité  de  ses  maisons individuelles. 

Et  ce  n’est  pas  tout.  Ayant fait le choix de la construction de qualité, il se fournit en menuiseries extérieures bois chez  un  fabricant  de  Champagnole  (39). Les  tuiles  en  terre  cuite  dont  il  couvre  ses maisons sont produites à 10 km de chez lui et son isolant en fibre de bois provient de l’usine Pavatex, dans les Vosges. “Au début, j’y voyais surtout un intérêt écologique mais au  fil  du  temps,  ce  qui  me  semble  le  plus important, ce sont les conséquences positives de mes choix sur l’emploi local.”

Un travail délibérément artisanal

Pas  de  course  au  profit  ou  au  développement chez Roch. La “maison” privilégie les relations  avec  le  client  et  le  travail  bien fait.  L’atelier  de  4.000  m2  fonctionne  sans
machine  à  commande  numérique.  En  cas de  besoin,  les  pièces  sont  taillées  chez  un partenaire.  Les  murs  d’ossature  sont assemblés  manuellement  sur  de  simples tables.  Avec  ses  30  salariés,  l’entreprise maîtrise toute la chaîne de la construction, depuis   la   conception   jusqu’à   la   pose. Augmenter le chiffre d’affaires n’est pas un objectif en soi. Il progresse naturellement et sans effort de 5 à 10% par an.  “Je pense que  je  vendrais  autant  de  maisons  avec  du bois du Nord, mais je n’aurais pas les mêmes clients. Travailler avec du bois local renforce la confiance du client. Certains, d’ailleurs, signent  chez  nous  sans  mise  en  concurrence. Le surcoût bois local est dérisoire : il est estimé à 200 euros sur une maison de 250.000 euros.

En octobre 2017, Thierry Dubrulle a réalisé un rêve d’enfant : s’acheter une forêt. Il  a  acquis  à  Saint-Claude  un  bois  de  10  hectares en régénération après une coupe rase   réalisée   15   ans   auparavant. L’entrepreneur  a  décidé  de  laisser  faire  la nature et de s’orienter vers la futaie jardinée afin d’avoir  “une empreinte sur la gestion de la forêt ”. Voilà quelques semaines, il y a rassemblé 70 de ses clients pour fêter ses 10 années d’activité et il a expliqué comment fonctionnait  la  forêt.  Cette  démarche  rare souligne  les  exigences  du  constructeur  et sa  volonté  d’inscrire  son  travail  dans  une chaîne de valeur de proximité.